The Host

2006 est une année noire pour le cinéma coréen. La particularité de ce cinéma était que la production s’étalait sur une mosaïque assez large de style, d’école et de budget. C’est bien simple, se côtoyait dans les salles blockbusters à faire frémir Jerry Bruckheimer, films d’auteur du niveau de ceux de son voisin nippon et films d’exploitations pures à la manière d’HK (en gros les polars et l’horreur). Situation d’autant plus rare que chaque catégorie apportait son lot de chef d’œuvre et de films à vocation pécuniaire. En fait, seul Hollywood pouvait se targuer d’afficher une diversité et un impact international au moins égal. Hélas, on ne joue pas impunément sur le terrain de l’oncle Sam. Ainsi, les nababs du ciné U.S. ont réussi à faire pression sur le gouvernement coréen pour alléger les quotas réservés à la production nationale. Alléger, le mot est doux car les salles ne sont plus obligées que de programmer 73 productions locales au lieu de 146 précédemment!! La révolte de réalisateurs prestigieux (notamment Park Chan Wook) n’aura donc pas suffit à protéger le système qui leurs avait permis de percer. Ce contexte (en plus des problèmes internationaux que tout le monde connaît) se devait donc d’engendrer cris et révoltes. Bong Joon-ho a décidé, lui, d’envoyer un bon gros bras d’honneur cinématographique à l’impérialisme en bannière étoilée nommé The Host. 
Un scientifique (américain…) ordonne à son assistant de vider les bouteilles d’un vieux produit chimique directement dans la rivière Han. Quelques années plus tard, au bord de cette même rivière, vit la petite famille Park. Composée d’un solide patriarche et de ses enfants : sa fille, tireuse à l’arc doué mais trop lente, son fils chômeur surdiplômé et de Gang-du, looser ultime et père de la petite Hyun-seo, toute la famille ne vit que pour cette dernière. Alors que se profile une journée habituelle pour le petit commerce de Gang-du et son père, une drôle de silhouette inquiète les promeneurs de la rivière Han. Quelques minutes plus tard cette silhouette se transforme en un monstre énervé, dévastant tout sur son passage et qui emporte avec lui Hyun-seo. Grave erreur pour la grosse bébête qui va devoir affronter la colère de la famille Park…
Sous ses oripeaux de série B à la Corman’s touch, The Host oscille de manière schizophrénique et brutale entre la comédie ultra fun, le film de monstre bourrin, et le drame poignant. Tout le talent de Bong Joon-ho se situe d’ailleurs dans le mélange de
ces différents ingrédients. Loin de vouloir nous servir une mixture homogène, donc forcement fade, il joue avec les limites de chaque style et atteint même par moment la quintessence de chaque émotion. Le spectateur se retrouve alors dans des situations telles qu‘il ne peut que rire du drame qui se passe devant ses yeux ou être effrayé devant des effets comiques pourtant réussis.
Centré avant tout sur le combat des différents membres de la famille, le film distille les caractères et utilise ainsi le potentiel comique et guerrier de chacun d’eux (je sais, comme ça ça peut paraître étrange…). Chaque séquence est montée dans le but d’atteindre le maximum d’effet (qu’il soit comique ou dramatique). Ainsi certains choix radicaux se révèlent extrêmement jouissif alors même qu’ils n’ont aucun fondement crédible. L’exemple le plus frappant est celui ou Gang-du échappe à une lobotomie et s’évade d’un complexe médical sous haute surveillance pour se retrouver devant des militaires américains en train de se griller un petit barbecue, le tout en moins de 30 secondes !
Bien sûr, les scènes ou l’on voit le monstre sont particulièrement réussie (c’est bien le minimum à demander) et rappellent par instants l’attaque des tripodes de La Guerre des Mondes. Et si Bong Joon-ho révolutionne le genre c’est en se montrant d’une générosité sans égal qui porte le film bien plus loin qu’un monster movie. Comédie noire, potache, drame familial touchant, scènes de paniques, second degrés politiquement incorrect, voilà tous ce que l’on peut trouver dans The Host.
Que ceux qui n’aiment pas sortir d’une salle de ciné épuisés et comblés restent chez eux, que les autres, tous les autres aillent voir ce film, ça n’est pas demain la veille que vous en verrez de pareil.

The Host
De Bong Joon-ho (2006)
Scénario de Joon-ho Bong, Won-jun Ha, Baek Chul-hyun
Photo : Kim Hyung-Goo
Musique : Lee Byung-Woo
Avec : Song Kang-Ho, Bae Doona, Byeon Hie-bong, Ah-sung Ko
Emile