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Les fils de l'homme

 

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Commençons tout d'abord en poussant un petit coup de gueule, inutile certes, mais nécessaire. Car dans une ville qui se veut être la seconde de France, un film comme les fils de l'homme ne sort que dans deux salles et, siouplait, seulement en VF. Alors bien sûr au regard du prix exorbitant des places et de la concurrence sévère (un Eastwood, un Del Toro, le nouveau Christopher Smith et j'en passe) on se dit que merci mais on repassera plus tard… C'est sûrement grâce à une pulsion primaire (dû un sévère manque de science fiction selon mon médecin), où à la comparaison avec Carpenter faite dans les magazines, que je me suis rendu sans grande conviction à cette séance des fils de l'homme…

 

 

Londres, 2027, la population contemple avec émoi l'assassinat du plus jeune des Hommes… En effet, l'espèce humaine est, depuis 18 années devenue stérile, entraînant pessimisme, folie, extrémisme religieux… Alors que le monde sombre dans le chaos, l'Angleterre devient terre de refuge de l'humanité. Paradoxalement elle pratique une politique fasciste extrême afin de privilégier les autochtones face aux vagues d'immigrations incessantes. Le terrorisme devient dès lors une réalité quotidienne tout autant filsdelhomme 3qu'une stratégie politique. Se mêlent donc contestations religieuses, politiques, sociales (tient on ne pense plus à l'écologie ?), le tout devant le regard d'une population vieillissante et dépressive. Théo, malgré sa jeunesse rebelle, fait partie de ces gens-là, et la seule chose qui l'empêche de prendre les pilules du suicide gouvernementales, c'est son vieil ami Jasper et ses cigarettes antidépressives. Son état change toutefois le jour ou son ex vient lui proposer une mission terroriste de premier ordre : faire passer la frontière à une jeune femme… enceinte jusqu'aux dents.

 

 

 

C'est Alfonso Cuarón qui se retrouve à la tête de cette adaptation du livre éponyme de P.D. James. Ceux qui le connaissaient comme étant le réalisateur du troisième volet d'Harry Potter, vont vite comprendre qu'il ne s'agit pas ici de cabrioles de préado (quand bien même le film était sympatoche), mais d'une oeuvre profondément viscérale et sans concession.

À partir d'une histoire que certains considéreront comme simpliste voir convenue, Alfonso Cuarón réussi ce que peu de réalisateurs ont réussi : encrer dans un futur proche des thèmes simples mais d'une troublante et dérangeante actualité. On suit donc le personnage de Clive Owens (impeccable), un homme conscient des travers de sa société sans jamais y avoir été confronté. L'indentification du spectateur est alors quasi immédiate.

Mais la vraie force du film tient essentiellement dans son traitement formel. La mise scène, faussementfilsdelhomme empruntée au documentaire, est en fait d'une précision et d'une justesse encore jamais vue. Preuve de cette efficacité, la première séquence réussit à poser les enjeux politiques et sociaux, à présenter Théo, et à se conclure d'une manière radicale et spectaculaire. Alfonso Cuarón maintient d'ailleurs cette note d'intention tout le long du métrage.

L'évolution de Théo, passant de citoyen à militant puis à paria, naît de l'humanisme du personnage et non d'une contestation politique quelconque. Ainsi le récit s'inscrit dans la réalité, les événements politiques sont vécus sur le moment, sans recul, laissant place à l'intensité émotionnelle de chaque situation. À la manière du monde qu'il décrit, Cuarón prend le spectateur à revers et injecte dans son récit tant de scènes coups de poings qu'il serait absurde d'énumérer ici.

Impossible enfin de ne pas évoquer le dernier quart du film, construit comme un tourbillon émotionnel proprement hallucinant. Tous les enjeux se dénouent dans une séquence, qui a déjà bien fait parlé d'elle, moins pour ce qu'elle apporte que pour son défi technique. Cuarón donne ainsi au film une réalisation à la hauteur de son parti pris et d'un humanisme qui ferait passer n'importe quel Spielberg pour du Ken Loach.

 

Les fils de l'homme est donc une véritable bombe sans précédent qui prendra le temps de mûrir en chaque spectateur sonné à la sortie de ce chef d'œuvre. Alfonso Cuarón se révèle être ainsi un cinéaste à suivre de très très près. Il confirme aussi que la relève ne semble plus venir de Hollywood mais bien du monde entier et plus particulièrement du Mexique.

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Les fils de l'homme.

De Alfonso Cuarón (2006).

Scénario de Timothy J. Sexton et Alfonso Cuarón d'après un livre de P.D. James.

Photo: Emmanuel Lubezki

Musique: John Tavener

Avec: Clive Owen , Julianne Moore , Charlie Hunnam , Chiwetel Ejiofor , Michael Caine.

 

Emile.

 

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