Les cinq conteurs de Bagdad.
Dans la jungle actuelle des sorties bédés, il est difficile de faire son choix tellement la diversité et la qualité est de mise. Mon attention s’est portée sur les cinq conteurs de Bagdad car l’album concentre toutes les qualités de la nouvelle génération d’auteur.
Le calife décide d’organiser un grand concours de conte, le premier se verra récompensé de milles merveilles, le dernier sera empalé, par ce qu'« on ne gaspille pas impunément le temps du calife ». Cinq des meilleurs conteurs du pays se regroupent alors pour sillonner le monde et faire le plein d’histoires neuves. Mais avant leur départ, ils passent devant un devin qui leur révélera toutes les péripéties de leur voyage.

La grande force de cet album est tout d’abord son récit. En décidant de mettre à jour les mécaniques de leur propre histoire, Vehlmann et Duchazeau dirigent le regard du lecteur vers leurs personnages. Difficile de ne pas s’attacher à ces cinq conteurs, dont on se surprend à ne pas voir venir un destin pourtant annoncé. À travers cinq contes tous emprunts d’un certain traditionalisme (la morale, la fatalité…) les auteurs détournent chaque histoire avec humour. Ils donnent ainsi une
dimension doucement subversive et assez jouissive, aux contes qui retrouvent alors leur véritable finalité.
Le dessin montre une profondeur et une précision déjà bien présente dans La nuit de l’Inca, à mi chemin entre l’efficacité de Sfar et le dynamisme de Christophe Blain. Bref cet album est à découvrir d’urgence par les blasés de la bédé bien sûr mais surtout par ceux qui, d’habitude, aiment se sentir bercer par les mécaniques du récit, la déroute leur est alors assurée. Aussi efficace, plaisant et subversif qu’un vieux morceau de blues.
Les Cinq Conteurs de Bagdad
Scénario : Vehlmann, Fabien
Dessin : Duchazeau, Frantz
Couleurs : Walter
Editeur : Dargaud
Collection : Long Courrier
Planches : 68
Emile
Le 1/12/2006