Wang, Les Aigles d'Orient

"2214, le Monde est divisé par le REM, un rideau électromagnétique
infranchissable. A l'Ouest, des nantis qui ont fait de leur espace un havre de paix et
de prospérité. De l'autre côté, des peuples bafoués, des esclaves que l'on importe
pour satisfaire les aspirations ludiques des occidentaux en mal de sensations (...) "
Le décor est planté, et je ne vous dévoilerai rien d'autre du scénario de ce livre,
que je vous invite à découvrir par vous même...
Au travers d'un scénario somme toute assez banal pour un roman de science
fiction, l'auteur aborde le thème de l'immigration en nous plongeant dans une
société qui a fini par réinstaurer l'esclavagisme et le fascisme, plutôt que de faire
face et de traiter les problèmes liés aux minorités. On ne peut que faire le parallèle
avec la politique d'exclusion menée actuellement en France et ailleurs.
Le roman prend une dimension toute particulière sous les feux de l'actualité du
moment, où les mots "immigration" et "clandestin" sont si souvent utilisés.
On se prend à imaginer ce monde comme non pas sorti de l'imagination d'un
auteur, mais bien comme une évolution logique de notre civilisation.
Le choix d'un "tiers-monde" à l'agonie à la suite d'une guerre nucléaire, comme
background, et on se surprend à s' interroger sur la fragilité de la politique
nucléaire internationale.
Pèle-mêle, on trouvera également des thèmes comme la censure et la toute
puissance des médias, la dérive d'une civilisation humaine qui a oublié son côté
charnel pour devenir esclave de la technologie, et qui inspire plus la pitié que la
puissance, et j'en oublie.
La plupart des thèmes ne sont pas nouveaux et ont été maintes et maintes fois
abordés en film comme en livre ("Demolution Man" de Marco Brambilla pour la
société toute belle toute propre et le monde underground parallèle, "1984" de
George Orwell pour le fascisme résigné et le contrôle des médias, et bien d'autres),
mais l'homogénéité de l'univers décrit ici contribue à le rendre très crédible.
Côté scénario, le déroulement des faits n'est pas des plus surprenants, mais la
peinture de ce monde, pas si improbable que ça, qu'on découvre au fur et à
mesure de l'intrigue, excuse largement ce côté un peu "téléphoné".
Très loin des visions onirique et fantasques qui sont légions chez les auteurs de
science-fiction, Bordage décrit un monde troublant qui nous renvoi à notre réalité.
A noter que l'histoire complète se déroule sur 2 volumes, le premier étant titré :
Wang, Les Portes d'Occident
A lire donc !
Pierre Bordage
Science - Fiction
Poche: 445 pages
Editeur : J'ai lu (10 avril 2001)
Yvon